Italiano Arabo

Salut tout le mnde, Je m'appelle Aziz, un homme qui a perdu cofinance en tous ceux qui l'entourent, même en ses proches. Un homme

pour qui ont perdu tout sens les principes humains et la notion même de fraternité. Et cela, je le dois à mon cher frère. Mon frère, issu du même sein que moi, avec qui nous avons grandi sous le même toit, ce même frère qui a toujours été mon compagnon, mon ami, et tout ce que j'avais en ce monde.

Nous étions les seuls enfants de nos parents. Je suis l'aîné, donc dès mon plus jeune âge, je me suis toujours senti responsable de lui : à l'école, dans la rue (quand nous jouions avec les enfants du voisinage). Même si je n'étais pas beaucoup plus âgé que lui, j'ai toujours été son gardien personnel, son protecteur qui n'avait de cesse qu'il n'obtienne justice, que je ne me venge de ceux qui le malmenaient ou lui faisaient du tort.

Notre adolescence et notre jeunesse se sont déroulées dans les meilleures conditions. Cependant, aucun de nous deux n'a pu achever ses études. Le conseil de notre père (que Dieu ait son âme) fut d'apprendre un métier manuel. J'ai choisi la menuiserie, car je voyais dans ce domaine beaucoup de créativité et d'innovation. Et effectivement, la menuiserie est devenue non seulement ma source de revenus, mais ma passion, mon refuge, mon exutoire. Mon frère a choisi la même voie, car il était influencé par moi et par mes choix, et me considérait comme un modèle.

À la fin des années 80, alors que j'avais une vingtaine d'années, j'ai eu l'opportunité de me rendre en Europe, en particulier en Italie, à une époque où l'on pouvait y aller sans visa. À cette période, il y avait peu d'immigrés, le travail était disponible même pour ceux qui n'avaient pas de diplômes, de certificats ou qui ne maîtrisaient pas de métier. Il était très facile de trouver quelqu'un pour vous embaucher et vous enseigner ce que vous souhaitiez apprendre. Je suis parti plein d'énergie et de vitalité, et étant un menuisier qualifié, j'ai très facilement trouvé le travail que je désirais : la menuiserie. Peu à peu, j'ai commencé à travailler pour une grande entreprise et je suis devenu habile dans mon travail. L'entreprise fabriquait des fûts en bois pour la conservation des alcools, utilisés pour le vieillissement du vin. Leur fabrication demandait beaucoup de savoir-faire et d'expérience, car ils contribuaient à modifier la structure du vin et à lui conférer des arômes spécifiques. J'ai travaillé pour cette entreprise de nombreuses années. Durant cette période, je gardais l'argent nécessaire à ma subsistance et à celle de ma famille après mon mariage, et j'envoyais le reste à mon frère.

Lui aussi était menuisier, nous avons donc convenu de ce qui suit : je lui enverrais l'argent et il construirait une grande maison sur deux étages (chacun de nous vivrait avec sa femme et ses enfants à un étage) et le rez-de-chaussée serait aménagé en atelier de menuiserie. En somme, j'envoyais l'argent et lui se chargeait de la construction et de la supervision, jusqu'à ce que moi aussi je retourne dans notre patrie, car je pensais tôt ou tard revenir et m'établir dans mon pays natal. Nous partagerions la maison, mon frère et moi (nos parents étaient déjà décédés, que Dieu ait leur âme) et nous travaillerions ensemble dans l'atelier de menuiserie, vivant ainsi dignement, honorés et proches l'un de l'autre.

Chaque fois que je retournais au Maroc, je voyais l'atelier se développer constamment. Mon frère m'a effectivement donné l'étage supérieur, où je passais mes vacances avec ma famille avant de retourner en Italie. Je ne lui ai jamais demandé de me montrer les documents, les contrats ou autres, car j'avais une confiance aveugle en lui et en ses actes. Nous étions pratiquement une seule âme en deux corps, unis par la parenté, l'affection et le sacrifice. Nous sommes restés ainsi jusqu'à l'éclatement de la crise économique mondiale qui a détruit la plupart des entreprises et des usines à travers le monde (fin 2008). À cette période, j'ai perdu mon travail et ma situation financière s'est détériorée. J'ai alors pensé que le moment était venu de rentrer au Maroc. J'ai informé mon frère de ma décision. J'ai eu l'impression qu'il n'en était pas du tout heureux et qu'il ne montrait aucun enthousiasme pour cette idée. Souvent, il faisait mine d'être occupé quand je l'appelais ou ne répondait pas du tout à mes appels. J'ai senti qu'un changement s'était produit, mais je n'ai pas pu comprendre ce qui se passait. Je suis donc parti précipitamment pour le Maroc : peut-être que mon frère traversait une crise et avait besoin de moi à ses côtés.

Mais il m'a asséné une nouvelle à laquelle je ne m'attendais absolument pas : il a dit que je ne possédais rien, ni l'atelier, ni la maison, ni les autres propriétés. Tout lui appartenait, et il ne me céderait rien, bien qu'il sache parfaitement que tout l'argent venait de moi, que c'était moi qui avais travaillé et peiné toutes ces années pour arriver à ce que nous avions, et que le mérite, après Dieu Tout-Puissant, m'en revenait, ainsi qu'à mon travail et à ma persévérance. J'aurais pu charger quelqu'un d'autre, ou au moins être présent lors de la rédaction des contrats, mais ma confiance aveugle en mon frère m'en a empêché, et mon immense amour pour lui m'a fait le considérer comme un associé dans tout ce que je possédais. Vous ne pouvez pas imaginer l'impact de ce choc sur moi : près de 30 ans de travail continu réduits à néant. Et le plus grand choc était que celui qui m'avait fait cela était mon unique frère, celui que j'avais si souvent préféré à moi-même.

Je suis retourné en Italie traînant derrière moi la queue de l'échec. Après plusieurs mois où j'ai perdu le désir de travailler et de vivre en général, j'ai décidé de laisser le passé derrière moi, de l'oublier. La vie continue, et mes enfants et ma femme avaient encore besoin de moi. J'ai secoué la poussière, j'ai remercié Dieu Tout-Puissant d'être toujours en bonne santé et en pleine force physique, et d'être toujours capable de travailler et de prendre soin de ma famille. J'ai cherché un travail et j'ai recommencé à zéro. Naturellement, j'ai coupé toute relation avec mon frère et je me suis convaincu qu'il était mort et que je l'avais enterré près de notre père.

Les années ont passé et nous sommes restés ainsi, jusqu'à ce qu'un jour un ami m'informe que la situation financière de mon frère s'était tellement détériorée qu'il avait décidé de venir lui aussi travailler en Italie. Ainsi, j'ai commencé à recevoir de ses nouvelles de temps en temps, jusqu'à ce que j'apprenne qu'il avait eu un accident du travail : une grosse pièce de bois (une de celles utilisées pour les poutres des toits) lui était tombée dessus. Il a été transporté d'urgence à l'hôpital, entre la vie et la mort. Je prenais de ses nouvelles de loin, jusqu'à ce qu'il demande à me voir à son réveil du coma. Je n'ai pas pu refuser et je suis allé le voir. Il a commencé à s'excuser auprès de moi et à montrer des regrets pour ce qu'il avait fait, allant même jusqu'à me promettre de me rendre tout ce qui me revenait une fois rétabli. Après plusieurs mois, il a effectivement guéri et est retourné travailler. Alors, un jour, je suis allé le voir pour lui demander de retourner au Maroc afin de tenir la promesse qu'il m'avait faite. Mais j'ai reçu le second choc de la part de mon frère: il a répondu qu'il ne m'avait rien promis, et que ce qu'il avait dit n'était que des balivernes prononcées sous l'effet des médicaments. Je l'ai regardé longuement et je suis parti sans prononcer un mot, me rappelant que mon frère était mort des années auparavant et que ce qui s'était passé récemment n'était peut-être qu'un rêve. Peut-être n'avait-il effectivement rien promis! et peut-être n'étais-je pas allé le voir à l'hôpital! mais était-ce lui qui m'avait visité dans mes rêves. J'ai trouvé dans cette pensée la seule solution pour me libérer et oublier cette affaire, afin de pouvoir vivre en paix et en tranquillité.

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